Quarante ans de moratoire sur la chasse commerciale à la baleine: nouvelles menaces pour les cétacés
Édité par : Olga Samsonova
La communauté internationale s'apprête à commémorer le quarantième anniversaire du moratoire international sur la chasse commerciale à la baleine, entré en vigueur en 1986. Cette interdiction faisait suite à un vote des membres de la Commission Baleinière Internationale (CBI), organisation établie en 1946 par la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine. La CBI, qui compte aujourd'hui 88 gouvernements contractants, prépare également son 80e anniversaire en 2026, offrant une occasion de bilan sur les avancées et les défis futurs.
Ce moratoire est largement crédité d'avoir stoppé l'effondrement des stocks de cétacés, décimés par des siècles de chasse intensive qui a causé la mort de près de trois millions de baleines au cours du seul XXe siècle. Avant l'ère industrielle, l'océan abritait entre 4 et 5 millions de grandes baleines, un chiffre tombé à environ 1,3 million aujourd'hui, selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). L'adoption de l'interdiction en 1986 a entraîné une chute d'environ 90 % des prises commerciales en moins de deux ans, permettant à des espèces comme la baleine boréale et la baleine à bosse de passer du statut « en danger » à celui de « préoccupation mineure » entre 1986 et 2023.
Malgré l'adhésion générale à l'accord de 1986, un petit nombre de pays maintient des activités de chasse en exploitant des interprétations juridiques au sein du cadre de la CBI. L'Islande, la Norvège et le Japon restent les principaux acteurs de la chasse commerciale depuis la fin des années 1980, ces trois nations ayant abattu environ 45 000 baleines depuis l'instauration de l'interdiction. La Norvège a récemment annoncé une augmentation de son quota de petits rorquals pour 2026 à 1 641, invoquant le transfert de quotas inutilisés. Le Japon, après son retrait de la CBI en juillet 2019, a repris la chasse commerciale dans sa Zone Économique Exclusive de 200 milles nautiques, abandonnant son programme de recherche antérieur. Entre 1986 et la date d'une évaluation, 25 862 baleines (Rorqual de Minke, de Bryde ou commun) avaient été tuées par des pays ayant objecté au moratoire tout en restant membres de la CBI, comme la Norvège et l'Islande.
Avec l'atténuation de la pression directe de la chasse, l'analyse scientifique indique que l'enchevêtrement dans les engins de pêche et les prises accessoires constituent désormais les menaces les plus immédiates pour les cétacés à l'échelle mondiale. Ces interactions anthropiques au sein des pêcheries sont estimées causer la mortalité de plus de 300 000 baleines, dauphins et marsouins chaque année, soit environ 800 décès quotidiens. Des recherches montrent que jusqu'à 80 % des baleines franches et à bosse ont subi un enchevêtrement au moins une fois, le stress et les blessures réduisant le succès reproductif et les chances de survie.
Face à ce paysage de menaces en évolution, la CBI élargit son mandat au-delà de la régulation de la chasse. La Commission intègre activement des mesures de conservation pour contrer les périls modernes tels que les abordages de navires, la pollution marine et le problème des prises accessoires. Ces thèmes seront au cœur des discussions lors de la prochaine réunion IWC70, prévue à Hobart, en Australie, du 28 septembre au 3 octobre 2026. Le Dr Nick Gales, Commissaire australien, a été nommé Président de la CBI pour le mandat 2024-2026, et l'Australie accueillera cette assemblée, dont les délibérations définiront le cadre international pour la sauvegarde des mammifères marins, un engagement réaffirmé par la Déclaration de Florianópolis de la Commission en 2018.
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Sources
The Good Men Project
IFLScience
Mongabay
IFAW
Ministry of Foreign Affairs of Japan
IISD SDG Knowledge Hub
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