La BCE finalise la phase technique de l'euro numérique, le cap est mis sur l'autorisation politique
Édité par : gaya ❤️ one
La Banque Centrale Européenne (BCE) a annoncé, à la fin de l'année 2025, l'achèvement substantiel des travaux techniques et préparatoires en vue de l'introduction potentielle d'un euro numérique. Cette étape marque un pivot stratégique, déplaçant le projet de la sphère technique vers celle de l'arbitrage législatif, une transition cruciale pour la monnaie unique européenne à l'ère numérique. Suite à sa conférence de presse du 18 décembre 2025, la Présidente de la BCE, Christine Lagarde, a confirmé que la responsabilité de statuer sur les aspects réglementaires était désormais transférée au Conseil européen et au Parlement européen.
L'Eurosystème, qui comprend la BCE et les banques centrales nationales de la zone euro, avait lancé ce projet en 2021 en réponse au déclin de l'usage des espèces, dont la part dans les transactions en magasin en France est tombée à 42 % en 2024, contre 68 % en 2016. Le mandat technique finalisé comprend la rédaction d'un projet de recueil de règles définissant les normes et procédures communes pour assurer la cohérence opérationnelle dans toute la zone euro, couvrant l'exécution des paiements, la sécurité et l'inclusion des utilisateurs. La phase préparatoire, qui s'est déroulée de novembre 2023 à octobre 2025, a permis de sélectionner des fournisseurs pour la plateforme de l'euro numérique, impliquant des entreprises privées et six banques centrales nationales pour des composantes essentielles du système.
L'objectif de cette monnaie numérique de banque centrale (MNBC) est de servir d'ancre de stabilité pour le système financier, en complémentarité avec les espèces, afin de garantir la souveraineté monétaire de l'Union Européenne face à la numérisation croissante des paiements. La nécessité d'accélérer ce projet est accentuée par des facteurs géopolitiques, notamment le contraste avec la politique américaine. En janvier 2025, le Président américain Donald Trump a signé un décret interdisant aux agences fédérales d'émettre ou de promouvoir des MNBC, stoppant le développement américain dans ce domaine, tandis que les États-Unis adoptaient une position plus souple envers les stablecoins libellés en dollars, renforçant les préoccupations européennes concernant l'autonomie stratégique. Cette dépendance accrue aux réseaux de cartes internationaux, qui traitaient 69 % des paiements par carte en zone euro au second semestre 2024, est un moteur clé de cette initiative.
La question centrale réside désormais dans la proposition de règlement déposée par la Commission européenne en juin 2023. Christine Lagarde a exprimé l'attente de la BCE quant à la manière dont les législateurs traiteront ce texte. Les enjeux politiques sont significatifs, car l'introduction de l'euro numérique requiert un accord politique entre les États membres, et le législateur européen doit déterminer les modalités, y compris potentiellement un plafond de détention pour limiter l'impact sur les bilans bancaires. Des études, notamment celles menées par la Banque de France et l'ACPR, ont évalué l'impact sur l'intermédiation financière, suggérant un impact macroéconomique maîtrisé.
Malgré l'avancement technique, le calendrier demeure conditionné par le processus politique. Si le règlement est adopté par les législateurs de l'UE d'ici 2026, l'émission effective de l'euro numérique pourrait s'amorcer progressivement à partir de 2029, après une phase pilote potentiellement lancée dès la mi-2027. L'ambition européenne est de proposer une alternative numérique souveraine, économique et universellement acceptée, complétant les espèces et renforçant la résilience face à un environnement financier international de plus en plus incertain.
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Sources
Decrypt
European Central Bank
Reuters
Atlantic Council
CNBC
International Monetary Fund
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