La science mesure l'affect positif chez les animaux, des dauphins aux perroquets kea

Édité par : Olga Samsonova

La communauté scientifique opère une transition notable, s'orientant vers la mesure objective des états émotionnels positifs, désignés sous le terme d'« affect positif », chez les animaux, dépassant ainsi les réticences historiques liées à l'anthropomorphisme. Ce mouvement reconnaît que le bien-être animal de qualité réside fondamentalement dans la présence d'expériences plaisantes, et non seulement dans l'absence de négativité, comme l'a souligné une revue de la littérature en 2007. Un consortium d'universités collabore actuellement sur un projet informellement baptisé le « joy-o-meter », dont l'ambition est de déceler des indicateurs mesurables de plaisir intense à travers diverses espèces.

Cette entreprise s'inscrit dans un changement de paradigme, après que des recherches antérieures se soient majoritairement concentrées sur les réponses au stress ou au danger jusqu'à la fin du XXe siècle. Les investigations actuelles englobent désormais les cétacés, notamment les dauphins, prolongeant les travaux initiaux menés sur les grands singes et les perroquets, afin d'établir des marqueurs objectifs du bonheur. Chez le perroquet kea de Nouvelle-Zélande, une espèce reconnue pour son intelligence, des études ont déjà établi des corrélations entre des vocalises spécifiques et des comportements associés à l'obtention de récompenses, comme le beurre de cacahuète. Ces oiseaux manifestent des « cris de guerre » ludiques et contagieux, capables d'induire chez leurs congénères des réactions de « claquettes » ou de danse.

Parallèlement à l'analyse comportementale, les chercheurs examinent les hormones prélevées sur des échantillons pour distinguer de manière objective la joie des niveaux de stress. L'application de ces méthodologies est particulièrement pertinente pour le suivi des animaux en captivité, comme l'illustre une étude de 2020 portant sur les dauphins. Cette recherche a permis de constater que des objets nouveaux, tels que des générateurs de bulles ou des tonneaux recouverts de gazon artificiel, ne provoquaient pas nécessairement des comportements positifs, certains dauphins les évitant. Un bloc de glace de trois pieds de long a suscité une réaction initiale de fuite chez les dauphins nommés Bo et Buster, avant qu'ils ne reviennent enquêter.

Pour les dauphins, les signaux vocaux semblent cruciaux, les chercheurs ayant identifié le « cri de victoire », émis après avoir capturé ou reçu un poisson, comme potentiellement lié à la libération de dopamine, le neurotransmetteur de la récompense. Des travaux antérieurs, comme ceux menés par Isabella Clegg de l'Université Paris 13 au delphinarium du Parc Astérix, visaient déjà à mesurer la motivation des dauphins à exécuter des tâches. L'éthologue Sophie Lumineau, directrice adjointe du laboratoire Ethos1 à Rennes, insiste sur le fait que le bien-être animal dépasse la simple absence de stress et que la recherche de marqueurs d'émotions positives est désormais une priorité. La quantification de ces états subjectifs permettrait d'affiner les exigences d'enrichissement imposées aux établissements accrédités par l'Association des Zoos et Aquariums, assurant ainsi une meilleure qualité de vie pour les pensionnaires.

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Sources

  • VICE

  • Science News

  • VICE

  • Uniavisen

  • Science News

  • John Templeton Foundation

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