Adaptations génétiques des loups de Tchernobyl: une résistance au cancer en évolution

Édité par : Olga Samsonova

La Zone d'Exclusion de Tchernobyl (ZET), instaurée après la catastrophe nucléaire de 1986, s'est transformée en un laboratoire naturel unique pour l'étude des effets à long terme des radiations sur la faune. Malgré l'accès humain restreint à ce territoire, la vie sauvage, et particulièrement les populations de canidés, y a prospéré dans un environnement fortement contaminé par des isotopes radioactifs. Cette zone, qui s'étend sur environ 2 600 km² entre l'Ukraine et la Biélorussie, présente des niveaux d'exposition très hétérogènes, avec des concentrations de césium-137 dépassant jusqu'à 40 fois le débit de dose naturel à proximité du réacteur et de la ville de Pripyat.

Des biologistes de l'Université de Princeton, dont Cara Love, chercheuse en biologie évolutionniste et écotoxicologie, focalisent leurs recherches sur les meutes de loups gris qui ont colonisé la ZET. Ces prédateurs, situés au sommet de la chaîne alimentaire, accumulent des substances radioactives, subissant des expositions quotidiennes pouvant atteindre 0,1128 millisievert, soit plus de 41 millisieverts par an. De manière notable, la densité de cette population lupine est estimée à sept fois celle observée dans les zones protégées adjacentes en Biélorussie, un phénomène largement attribué à l'absence d'activités humaines telles que la chasse depuis l'évacuation de 116 000 personnes le 27 avril 1986.

Les analyses menées par l'équipe de Princeton ont mis en évidence des modifications significatives au sein du système immunitaire de ces loups, des altérations qui présentent des similarités avec celles observées chez les patients humains sous radiothérapie. Cette observation suggère que la pression environnementale extrême induit une réponse biologique intense. Les scientifiques ont réussi à identifier des segments génomiques spécifiques chez ces animaux qui semblent conférer une protection accrue contre le développement de tumeurs malignes.

Cette découverte indique un processus de sélection naturelle accélérée au sein de la ZET. Les individus possédant ces allèles de résilience face au cancer sont favorisés et transmettent activement ces caractéristiques génétiques à leur progéniture, assurant ainsi leur survie dans cet écosystème irradié. Le rayonnement agit comme un puissant facteur mutagène, augmentant la fréquence des mutations, dont certaines se révèlent adaptatives et bénéfiques dans un contexte de forte exposition aux rayonnements ionisants. L'étude de ces mécanismes génétiques représente une piste de recherche prometteuse pour la médecine humaine, offrant des perspectives pour le développement de nouvelles stratégies thérapeutiques contre le cancer.

Les travaux de recherche, qui ont débuté en 2014 par des prélèvements sanguins, ont connu des ralentissements dus à la pandémie de Covid-19 et aux récents conflits armés dans la région, mais l'identification de ces mutations protectrices demeure un objectif central. L'absence d'interférence humaine a permis à la nature de reprendre ses droits, créant un environnement où l'évolution pourrait se dérouler à une vitesse accélérée. La résilience de la biodiversité locale est également attestée par la présence documentée d'espèces telles que l'ours brun et le bison d'Europe dans la partie ukrainienne de la zone.

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Sources

  • Último Segundo

  • The Chernobyl Exclusion Zone

  • Wolves in Chernobyl - Shane Campbell-Staton

  • Shane Campbell-Staton is Showing the World how Human Activity is Shaping Evolution Right Now | Princeton International

  • A mutação dos lobos de Chernobyl mostra resistência ao câncer - O Antagonista

  • Os cães de Chernobyl são azuis. E a ciência descobriu por que - Exame

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