Vision du Requin du Groenland: Longévité Liée à une Réparation Génétique Sophistiquée
Édité par : Olga Samsonova
Le requin du Groenland, Somniosus microcephalus, détient le record de longévité parmi les vertébrés, avec une espérance de vie estimée pouvant dépasser quatre siècles, voire approcher les 500 ans pour les plus grands spécimens. Une étude de 2016 avait notamment daté un individu de cinq mètres à environ 392 ans, avec une marge d'incertitude significative. Ce poisson évolue dans les eaux froides de l'Atlantique Nord et de l'Arctique, où des températures corporelles proches de 1,8 °C ralentissent drastiquement son métabolisme, son rythme cardiaque se maintenant entre quatre et six battements par minute.
Jusqu'à récemment, la communauté scientifique supposait que cette créature des abysses était pratiquement aveugle, une hypothèse attribuée aux conditions de luminosité extrêmes et à la présence fréquente de parasites oculaires. Cependant, des recherches dont les conclusions ont été finalisées fin 2025 et publiées dans la revue Nature Communications remettent en question cette perception. Une équipe internationale, comprenant des chercheurs de l'Université de Californie, Irvine, dont Dorota Skowronska-Krawczyk, a démontré par des analyses génomiques et histologiques que le système visuel du requin du Groenland conserve une fonctionnalité remarquable et s'adapte de manière sophistiquée au vieillissement cellulaire.
L'étude confirme que le système visuel est intégralement conservé et optimisé pour les environnements de faible luminosité, s'appuyant presque exclusivement sur les photorécepteurs en bâtonnets pour maximiser la capture de la lumière disponible. L'examen histologique des couches rétiniennes sur des spécimens ayant dépassé le siècle d'existence n'a révélé aucune trace de dégénérescence tissulaire, suggérant une maintenance biologique constante de ce tissu. Parallèlement, l'analyse génomique a identifié une mutation dans le gène de la rhodopsine (RHO), qui optimise la perception des longueurs d'onde bleu-vert caractéristiques des grandes profondeurs. De plus, les membranes cellulaires rétiniennes sont exceptionnellement riches en acides gras à très longue chaîne, assurant la flexibilité nécessaire à la rhodopsine même à basse température.
Le secret de cette résilience biologique semble résider dans une expression génique élevée des mécanismes de réparation de l'ADN, notamment les gènes ercc1 et ercc4. Ces gènes codent pour les sous-unités de la nucléase ERCC1-XPF, un complexe essentiel à la stabilité du génome et à la réparation des dommages de l'ADN. L'absence de dégénérescence rétinienne chez ces spécimens centenaires indique une réparation génétique constante contre l'accumulation des lésions, un mécanisme également lié à la résistance au cancer observée chez cette espèce. Ces travaux suggèrent que l'étude de cette longévité exceptionnelle pourrait apporter des éclairages pertinents pour la recherche médicale humaine, notamment concernant les affections oculaires liées à l'âge comme le glaucome et la dégénérescence maculaire.
La recherche a également réfuté l'idée que le copépode parasite Ommatokoita elongata, souvent fixé à la cornée, soit la cause principale de la cécité. Des mesures de transmission lumineuse sur des cornées infectées ont montré que le parasite permettait à 66 % à 100 % de la lumière bleue d'atteindre la rétine. Bien que l’infestation puisse provoquer des lésions cornéennes, les requins infectés conservent une apparence globalement saine, et des observations en milieu naturel ont montré leur réaction aux lumières des submersibles, contredisant l'hypothèse d'une cécité totale. Ces données ouvrent des perspectives fascinantes pour la compréhension des mécanismes de la sénescence et de la protection cellulaire face aux stress environnementaux extrêmes.
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Sources
WPDE
NZ Herald
infobae
Talker News
ResearchGate
ResearchGate
Bernews
NZME
Sustainable Oceans Society
The Bay's News First - SunLive
Earth Sciences NZ - NIWA
Radio New Zealand (RNZ)
Discover Magazine
UC Irvine News
Nautilus Magazine
Forbes
Animals Around The Globe
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