Divergence entre ambitions politiques et réalité de la recherche sur la longévité

Édité par : Olga Samsonova

Des déclarations récentes de dirigeants politiques mondiaux ont mis en lumière des objectifs ambitieux concernant l'allongement de la durée de vie humaine, une perspective qui contraste avec l'orientation actuelle de la recherche scientifique, laquelle se concentre sur l'extension de la période de vie en bonne santé. Cette tension entre la rhétorique politique et la réalité empirique de la science du vieillissement dessine un paysage complexe pour l'avenir sociétal.

En 2025, des annonces marquantes ont été faites, notamment par les présidents Poutine et Xi Jinping. Ce dernier a projeté que l'espérance de vie humaine pourrait atteindre 150 ans au cours de ce siècle, tandis que le premier a évoqué la possibilité d'une vie prolongée grâce à des transplantations d'organes continues. Ces projections audacieuses se heurtent aux travaux menés en 2026, qui privilégient l'établissement de métriques de santé fondées sur des preuves tangibles et l'anticipation des conséquences sociétales d'une espérance de vie accrue. La Banque mondiale souligne que le vieillissement rapide de la population, bien que victoire du développement, impose des répercussions considérables sur les marchés du travail et les systèmes de protection sociale, nécessitant des investissements dans le bien-être tout au long de la vie pour une longévité productive et inclusive.

La recherche biomédicale actuelle s'oriente vers des indicateurs plus fins que le simple décompte chronologique. L'âge biologique, mesuré notamment par des tests sophistiqués comme l'horloge épigénétique, développée en partie par Steve Horvath dès 2016, s'avère être un prédicteur plus robuste de la durée de vie en bonne santé que l'âge inscrit sur l'état civil. Ces horloges analysent les marques chimiques, comme la méthylation de l'ADN, qui s'accumulent avec le temps et sont influencées par des facteurs environnementaux et comportementaux. Les experts insistent sur le fait que les résultats de ces tests biologiques doivent impérativement se traduire par des ajustements concrets des habitudes de vie, car une alimentation saine est systématiquement corrélée à une réduction de la mortalité et à une augmentation de l'espérance de vie, indépendamment du patrimoine génétique.

Parallèlement à ces avancées scientifiques, l'écosystème financier capitalise sur cette quête de longévité. L'économie de la longévité représente un secteur d'intérêt financier majeur, avec une projection d'atteindre une valeur de 27 billions de dollars américains d'ici 2030. Cette projection économique coexiste avec des défis démographiques structurels. Par exemple, en France, si l'espérance de vie à la naissance atteignait 85,9 ans pour les femmes et 80,4 ans pour les hommes en 2025, les progrès en espérance de vie sans incapacité à 65 ans montrent une croissance ralentie depuis 2019, avec 11,8 ans pour les femmes et 10,5 ans pour les hommes en 2024. Ce ralentissement dans l'amélioration de la qualité de vie vécue en bonne santé souligne l'urgence des recherches appliquées.

L'analyse des tendances mondiales jusqu'en 2030, comme celle menée par l'Institut d'études de sécurité de l'Union européenne, identifie le « mieux vieillir » comme une tendance lourde nécessitant des stratégies adaptées, reconnaissant que le vieillissement est un phénomène mondial, accéléré et structurel selon l'OMS. Les travaux de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) en France montrent que si l'espérance de vie sans incapacité a progressé depuis 2008, l'essentiel de cette amélioration s'est concentré entre 2008 et 2019, ce qui indique une potentielle stagnation récente dans la compression de la morbidité. Ces données concrètes illustrent la priorité scientifique donnée à la santé fonctionnelle plutôt qu'à l'extension brute de l'existence, contrastant avec les pronostics spectaculaires émis au sommet de l'État. L'alignement des politiques publiques avec ces réalités scientifiques est donc un enjeu majeur pour capitaliser sur les avancées en matière de longévité.

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Sources

  • thetimes.com

  • NextShark

  • The Guardian

  • The Washington Post

  • Science Advances

  • TIME

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