Les tarifs douaniers de Trump devant la Cour suprême : un enjeu financier de 179 milliards de dollars
Édité par : Tatyana Hurynovich
Le gouvernement fédéral des États-Unis se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins juridiques et financiers, confronté à l'éventualité d'un remboursement massif oscillant entre 175 et 179 milliards de dollars. Cette situation critique découle d'une contestation devant la Cour suprême concernant la légalité des tarifs douaniers imposés par le président Donald Trump. Ces mesures s'appuyaient sur la loi sur les pouvoirs économiques d'urgence internationale (IEEPA), un texte dont l'interprétation est désormais au cœur d'un débat constitutionnel majeur. Alors que les plaidoiries orales se sont tenues le 5 novembre 2025, le monde économique attend avec une certaine fébrilité le verdict final, prévu pour la fin du mois de février 2026, avec des dates clés identifiées les 20, 24 et 25 février.
Le litige juridique repose fondamentalement sur le principe de la séparation des pouvoirs au sein de la démocratie américaine. La question centrale est de savoir si l'IEEPA octroie effectivement au chef de l'exécutif le pouvoir de lever des taxes, sous forme de tarifs, ou si cette compétence demeure une prérogative exclusive du Congrès, conformément à l'article I de la Constitution des États-Unis. Jusqu'à présent, les juridictions inférieures ont statué que l'IEEPA ne conférait pas au président un mandat fiscal aussi étendu. Si la Cour suprême venait à confirmer cette position, les importateurs devraient lancer sans délai des procédures de recouvrement auprès du service des douanes et de la protection des frontières (CBP) pour les droits acquittés au cours de l'année écoulée.
L'ampleur du risque financier est soulignée par les analyses rigoureuses des économistes du Penn Wharton Budget Model (PWBM), une organisation non partisane. Selon leurs calculs, environ 179 milliards de dollars ont été perçus au titre de l'IEEPA depuis février 2025. En parallèle, une analyse comparative basée sur les données fournies par le CBP suggère un montant remboursable situé dans une fourchette de 175 à 176 milliards de dollars. Pour mettre ces chiffres en perspective, une telle somme dépasse largement les budgets combinés du ministère des Transports (127,6 milliards de dollars) et du ministère de la Justice (44,9 milliards de dollars) pour l'exercice fiscal 2025.
Lors des audiences, plusieurs juges ont manifesté un scepticisme marqué à l'égard d'une interprétation extensive des pouvoirs présidentiels. Ils ont notamment invoqué les doctrines des « questions majeures » et de la « non-délégation », suggérant qu'il est peu probable que le Congrès ait implicitement délégué une autorité aussi vaste par le biais d'une loi traditionnellement réservée aux sanctions internationales. Néanmoins, certains magistrats ont soulevé des questions d'ordre pratique : l'administration pourrait-elle, en cas de décision défavorable, réorienter immédiatement ces prélèvements vers d'autres bases légales ? Des options telles que l'article 232 de la loi sur l'expansion commerciale de 1962 ou l'article 301 de la loi sur le commerce de 1974 ont été évoquées comme alternatives potentielles.
Face à ces incertitudes, le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a affiché une confiance inébranlable quant à la légalité des droits de douane. Il a assuré que le Trésor disposait de réserves suffisantes pour honorer d'éventuels remboursements, projetant un solde de compte de 900 milliards de dollars d'ici la fin du mois de juin 2026. Bessent a également mis en garde contre une annulation de ces tarifs, qu'il considère comme une « perte pour le peuple américain ». Selon lui, ces mesures ont joué un rôle crucial dans le rééquilibrage des échanges commerciaux et dans la lutte contre le trafic illicite de fentanyl, ciblant particulièrement les flux en provenance de Chine, du Canada et du Mexique.
Sur le plan procédural, la restitution des fonds s'annonce d'une complexité administrative sans précédent. En décembre 2025, on dénombrait plus de 301 000 importateurs concernés, totalisant plus de 34 millions d'écritures comptables liées aux tarifs de l'IEEPA. Afin de gérer ce flux, la Cour de commerce international (CIT) a instauré une suspension automatique des nouvelles plaintes de remboursement le 23 décembre 2025, dans l'attente de la décision de la Cour suprême. Les experts économiques notent que si la suppression des tarifs pourrait stimuler les marchés dans un premier temps, une reprise durable dépendra de la rapidité avec laquelle l'administration mettra en œuvre des mesures commerciales de remplacement.
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Sources
Reuters
Reuters
German Marshall Fund of the United States
SCOTUSblog
Anadolu Agency
J.P. Morgan Global Research
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