Des vésicules d'ingénierie apprennent au système immunitaire à se calmer au lieu de l'inhiber totalement

Édité par : Maria Sagir

Des chercheurs de l'Université de Kanazawa ont mis au point une méthode novatrice pour moduler finement la réponse immunitaire. Contrairement aux immunosuppresseurs classiques, tels que les stéroïdes, qui agissent par une suppression globale, cette approche utilise des nanoparticules conçues pour encourager l'organisme à générer des lymphocytes T régulateurs (Treg) ciblant spécifiquement un antigène problématique. Cette stratégie prometteuse pourrait offrir une voie plus sûre pour traiter les affections auto-immunes et les allergies.

L'équipe, dirigée par Rikinary Hanayama, a réussi à transformer un type particulier de vésicules extracellulaires — ces minuscules bulles que les cellules emploient naturellement pour communiquer — en vecteurs thérapeutiques. Les scientifiques ont « réaménagé » ces vésicules pour qu'elles présentent simultanément à leur surface les trois signaux essentiels requis pour activer les lymphocytes T régulateurs (Treg).

Ces signaux cruciaux sont les suivants :

  • Un fragment de l'antigène associé à la molécule du CMH de classe II (pMHCII), qui indique précisément la cible contre laquelle la réponse immunitaire doit être ajustée.
  • L'interleukine-2 (IL-2), indispensable à la survie et à la prolifération des Treg.
  • Le TGF-β, facteur clé favorisant la différenciation des lymphocytes T naïfs en cellules régulatrices.

Lors des essais menés in vitro, ces vésicules ont démontré leur capacité à convertir les lymphocytes T naïfs en Treg dotés d'un profil de « freinage » prononcé. Ces cellules induites ont commencé à exprimer activement des molécules telles que CTLA-4, PD-L1 et LAG-3, et elles ont réussi à réprimer efficacement l'hyperactivation d'autres cellules immunitaires. Les auteurs soulignent qu'il s'agit de la première plateforme basée sur des vésicules extracellulaires naturelles à intégrer ces trois signaux sur une seule nanoparticule.

L'atout majeur de cette conception réside dans sa spécificité. Il est possible de « reprogrammer » ces véhicules pour s'adapter à diverses pathologies en incorporant ou en affichant les peptides antigéniques appropriés. À titre d'exemple, les chercheurs ont utilisé des peptides MOG, souvent employés dans les modèles de sclérose en plaques. Cette personnalisation permet de générer des Treg spécifiquement « entraînés » contre cet antigène particulier.

Dans les expériences animales, l'administration de ces vésicules en conjonction avec une faible dose de rapamycine — un inhibiteur de mTOR qui soutient davantage la différenciation des Treg — a significativement accru la production de lymphocytes T régulateurs spécifiques à l'antigène. Cette observation confirme que la plateforme fonctionne non seulement en laboratoire, mais également au sein d'un organisme vivant.

Contrairement à l'immunosuppression généralisée, cette approche exploite les mécanismes de tolérance intrinsèques à l'organisme. Cela réduit potentiellement le risque d'infections graves et autres complications découlant d'une « mise hors service » généralisée du système immunitaire.

Actuellement, le système baptisé AP-EVs-Treg en est encore au stade préclinique. Néanmoins, les chercheurs ont déjà des projets pour le rendre plus autonome. Dans leurs travaux futurs, l'équipe vise à diminuer la dépendance à des médicaments externes comme la rapamycine en intégrant directement des molécules inhibitrices supplémentaires (telles que PD-L1) dans la structure même des vésicules. Cette évolution rapprocherait la technologie d'une plateforme thérapeutique prête à l'emploi, adaptable aux troubles immunitaires chroniques spécifiques.

En conclusion, ces vésicules extracellulaires modifiées n'ont pas pour unique fonction d'éteindre la réponse immunitaire ; elles lui apprennent plutôt à faire preuve de retenue de manière sélective là où cela est strictement nécessaire. Cela ouvre la voie à des traitements plus doux et plus ciblés pour les maladies auto-immunes et les allergies.

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Sources

  • StreetInsider.com

  • WPI Nano Life Science Institute, Kanazawa University

  • PR Newswire

  • Kanazawa University

  • Hanayama Lab

  • PubMed

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