Face à l'évolution rapide du paysage financier numérique, l'Union européenne intensifie ses efforts pour lancer un euro numérique. Cette accélération fait suite à l'adoption de la loi GENIUS aux États-Unis, qui établit un cadre réglementaire pour les stablecoins adossés au dollar américain. Cette démarche stratégique de l'UE vise à renforcer la position de l'euro dans la finance décentralisée mondiale et les systèmes de paiement transfrontaliers.
La loi GENIUS, promulguée le 18 juillet 2025, a suscité une prise de conscience au sein des institutions européennes quant à la nécessité d'agir rapidement. Les responsables européens envisagent désormais de déployer l'euro numérique sur des blockchains publiques telles qu'Ethereum ou Solana, un changement notable par rapport aux plans initiaux privilégiant une infrastructure privée et centralisée. Cette orientation vers des technologies décentralisées pourrait faciliter l'intégration de l'euro dans l'écosystème de la finance décentralisée (DeFi) et dans les portefeuilles numériques mondiaux, sans nécessiter de nouvelles infrastructures lourdes.
Piero Cipollone, membre du conseil exécutif de la Banque Centrale Européenne (BCE), a souligné les risques potentiels d'une dépendance excessive aux solutions de paiement étrangères, notamment les stablecoins adossés au dollar. Il a averti que l'adoption généralisée de ces derniers pourrait entraîner une érosion de la souveraineté monétaire européenne, affectant les revenus, les données et les dépôts bancaires au profit des États-Unis. L'UE cherche ainsi à préserver son autonomie financière et à contrer la domination croissante du dollar dans les paiements numériques.
Cependant, l'exploration de blockchains publiques soulève des défis importants. La transparence inhérente à ces réseaux pourrait entrer en conflit avec le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) de l'UE et l'objectif de la BCE de garantir un niveau d'anonymat similaire à celui des espèces pour les transactions numériques. Des questions subsistent également quant à la scalabilité d'Ethereum et à la fiabilité de Solana, ainsi qu'aux aspects de gouvernance liés au contrôle étatique sur les mises à jour et les validateurs.
Les décideurs politiques s'inquiètent également de la possibilité que la mise à disposition d'un jeton euro accessible à un large public puisse entraîner des sorties de dépôts des banques européennes. Malgré ces préoccupations, la décision d'explorer des technologies décentralisées témoigne d'une volonté d'innover et de s'adapter à un environnement financier en mutation rapide. L'UE est confrontée à un équilibre délicat entre la promotion de l'innovation et la garantie de la stabilité et de la sécurité de son système financier. La stratégie actuelle de l'UE, qui consiste à évaluer à la fois les technologies centralisées et décentralisées, indique une prise de conscience des compromis nécessaires. Le succès final dépendra de la capacité à atténuer efficacement les risques identifiés. La BCE devrait prendre une décision concernant l'émission d'un euro numérique d'ici la fin de l'année 2025, après une phase de préparation qui a débuté en novembre 2023.